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HAITI: LE RETOUR A L'INFAMIE D'AVANT 1946

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HAITI: LE RETOUR A L'INFAMIE D'AVANT 1946

Par Joel Leon

Le 14 mai dernier a consacre la «marche-arriere» d'Haiti, point.

Un triste retour a la realite qui a prevalu dans le pays avant le « mouvement de 1946 », quand des hommes, a cause de leur epiderme, furent condamnes par l'elite bourgeoise a etre des « intouchables » dans leurs propres pays, ou ils representent plus de 95% de la population.

Ceci pour dire qu'il y a eu une contradiction profonde entre les pratiques discriminatoires d'avant 1946 et l'ideal egalitaire de Jean Jacques Dessalines introduit dans les moeurs haitiennes le 1er Janvier 1804. Le mouvement de 1946, quoique kidnappe et detourne par les « noiristes » et les « pragmatiques », s’etait fait, il faut le signaler, a titre de simple rectification d’un mal coloriste historique, avec comme principe fondateur «tout homme est un homme ».

Cette rectification renvoyait a la question historique et percutante du fondateur d'Haiti: « Et les pauvres negres dont leurs peres sont en Afrique, n'auront ils donc rien ?».

Ceci dit, il n’y a pas a redire de l'essence ideologique progressiste du mouvement de 46 de transformer « la condition humaine ».

L'accession de Michel Martelly a la presidence met fin a l'illusion nationale et progressiste des annees 90, la breve periode ou le peuple qui chassa la dynastie duvalierienne du pouvoir en 1986, jouait son role historique de faiseur d'histoire en placant triomphalement au pouvoir Jean Bertrand Aristide, le pretre des pauvres.

L'experience n'a dure que sept mois. Le vautour du nord, dans sa gloutonnerie coutumiere avait en effet fait appel a ses sbires armes en uniforme.

Le resultat fut catastrophique sur le plan humain : plus de 5000 cadavres en trois ans de repression sauvage et des milliers de deplaces, prisonniers, tortures...

sans mentionner l'exode massif des cadres techniques et politiques vers les cieux plus clements des Etats-Unis d'Amerique et du Canada.

Le « retour a la democratie » organise en octobre 1994, sous le manteau des Nations Unies, en realite des Americains, avait ete totalement piege.

Le president (legitime) ramene dans les fourgons de l’armee americaine avait les mains et pieds lies; visiblement l'international etait aux commandes.

Les bourgeois haitiens gagnerent encore.

Ceux-la qui comploterent a hauteur de plus de 30 millions de dollars pour la perpetuation et l'execution du coup d'etat de 1991, recurent des primes pour leurs forfaits.

L'USAID avait loue la residence du leader putschiste, Raoul Cedras, pour la somme de 120.000 dollars americains par an. Aujourd'hui encore, M. Cedras percoit cet argent apres qu'il eut ete declare « combattant de la liberte » par l'ancien president americain Jimmy Carter en 1997.

Les bourgeois de souche europeenne et arabe qui maintiennent les descendants d'esclaves haitiens dans une crasse insupportable tout en vivant dans un luxe insolent, ont ouvertement repris du service en Haiti le 14 mai dernier, pour prendre leur ultime revanche.

Haiti est parmi les rares pays capitalistes, si ce n'est pas le seul, ou les composantes de la classe dominante sont visceralement contre tout processus de production massive de biens au profit de l'importation a outrance et combat toute tentative de fiscalisation et de reglementation de leurs activites « commerciales ».

Les riches ne paient pas en Haiti, ils ne creent pas de jobs non plus ; par contre ils complotent en permanence contre toute expression de changement dans le pays. Ce comportement a conduit le peuple haitien a vivre dans la honte de deux invasions militaires, suivies d'occupation, en une seule decennie.

Le dernier coup d’Etat et coup de massue a la volonte populaire a eu lieu en fevrier 2004, l'annee meme marquant le bicentenaire de l'independance nationale.

La mafia internationale s’empressa de placer ses pions au pouvoir, des hommes tels que: Gerard Latortue, Rene Preval et aujourd'hui Michel Martelly.

D'ou vient ce dernier?

Certains observateurs etrangers, dans leurs interventions, parlent d'un «phenomene Martelly».

Il n'y a pas un phenomene politique Martelly en Haiti.

Les chiffres ne plaident nullement pour un soi-disant homme extraordinaire.

D'ailleurs, le fait d’avoir ete elu president avec une infime minorite de la population, soit «15.23% de l'electorat», renvoie a la subconscience le reflexe d' un «petit chef d'etat».

Les conditions dans lesquelles ces elections ont ete organisees sont du reste considerees comme une catastrophe.

Sur le plan logistique, quoiqu’ayant eu pres de 40 millions de dollars a sa disposition, le conseil electoral provisoire (CEP) a battu tous les records de brigandage aux urnes dans les annales electorales en Haiti, y compris durant l'epoque des baionnettes au 19e siecle.

Sur le plan politique, balayant la principale force politique du pays, « Fanmi Lavalas», par des moyens illegaux et honteux, ces elections restent et demeurent une meprisable mascarade.

Par-dessus le marche, l'arrogance de l'international a dicter sa loi expose a nu le scandale d'un plan anti-Haiti.

L'accession de Michel Martelly a la presidence est plutot le resultat du cynisme singulier de l'international dans ses acrobaties agressives a controler l'espace haitien.

Les neo-colons des Etats-Unis, de la France, du Canada et du Bresil ont tout fait pour preparer la voie a l'emergence de la droite, peu importe l'homme, y compris l'insolent Michel Martelly, credite de seulement «15.23% de l'electorat».

Par contre, il y a des raisons normatives permettant d'expliquer cette marche-arriere politique d'Haiti.

En premier lieu, c’est l'incoherence flagrante d'une «classe politique» vieillie et fatiguee, d'ailleurs sans projets et enfermee dans une logique sterile de conquete du « pouvoir pour le pouvoir » engendre sa faiblesse et la fait sombrer trop souvent dans la pratique des volte-face (flip-flop).

Depuis 2004, ceux qui font de la politique en Haiti abandonne leur raison d'etre pour s'aligner totalement sur l'international.

Ce qui a etrangement conduit a une uniformite repugnante chez les hommes politiques autour d'un soi-disant «ideal republicain», en chute libre partout dans le monde.

Historiquement, il a toujours existe dans le pays un camp national ou des gens vivaient encore mus par l'ideal dessalinien.

De nos jours ils sont ridiculises partout, a l'etranger comme en Haiti.

Cette reference indigene qui a toujours preserve l'ame nationale des assauts du «blanc» est en situation difficile et frise meme la disparition.

Il y a aussi l'infantilisme ideologique et politique du secteur se reclamant du «camp progressiste», qui depuis 1986 s'autodetruit en commettant des bevues indignes du militantisme populaire.

Mentionnons d'abord le fonctionnement anti-democratique des cadres politiques de ce secteur, consistant a individualiser les decisions politiques ; comportement du a un manque de pratiques democratiques au sein des organisations et l'absence de toute experience a partir des taches pratiques.

Le militant progressiste percoit le camarade dirigeant comme un adversaire, parce qu'il n'a jamais recu au sein d'une organisation l'education necessaire relative a l'importance d'une culture de discipline et de respect vis-a-vis des dirigeants organisationnels.

Le cadre politique, jamais integre dans aucune structure digne de ce nom, se positionne en fonction de ses interets et reves personnels depourvus d'essence populaire et patriotique, l’eloignant ainsi davantage des vrais militants.

Cet etat de choses a conduit partiellement a l'echec des experiences de 1991 et de 2004. Le pouvoir n'etait pas concu comme une experience politique en mutation, pour la premiere fois entre les mains des masses.

Au contraire, il etait percu comme une pratique gouvernementale traditionnelle ou les luttes d'influence ont noye l'aspect fondamental du processus en cours qu'etaient la consolidation du pouvoir et les revendications fondamentales des masses.

L'ivresse du pouvoir conduisit a des luttes politiques intestines qui depasserent largement, au moins dans sa ferocite verbale, l'hostilite a l'endroit des adversaires politiques de droite qui allaient assassiner, faire disparaitre et emprisonner sous la torture des milliers de militants en 1991 et en 2004.

Le gouvernement qui vient de quitter le pouvoir le 14 mai dernier est responsable de la vassalisation de toutes les institutions nationales et de la perpetuation de l'occupation.

Sans la presence des forces multinationales, l'ancien president Rene Preval n'aurait pu terminer son mandat.

Aussi, il a accepte sans consideration aucune toutes les dictees de l'international en echange de pouvoir conserver le pouvoir apres la fin de son mandat, en devenant premier ministre a la maniere de Vladimir Putine en Russie et, en placant Jude Celestin, son beau-fils, au palais comme president.

L’ironie, c'est que l'ancien president n'etait pas suffisamment de droite.

Aussi, l'international lui a prefere Michel Martelly au detriment du candidat du president sortant.

L'accession de Martelly au pouvoir est un paradoxe.

Arrive en 3e position apres les premiers resultats preliminaires du CEP, le candidat de Repons peyizan beneficiait de l’intervention de l'ambassadeur americain et des instances internationales qui ont contraint publiquement l'institution electorale a revoir sa copie pour parachuter Martelly au second tour. De memoire d'analyste politique, je n'ai jamais vu un comportement aussi vulgaire et brutal.

Le president actuel a toujours ete le valet de la bourgeoisie haitienne, d'ailleurs il s'en est toujours enorgueilli.

Donc, sa prise de pouvoir marque le retour brutal de la reaction aux affaires, cette fois-ci sans intermediaire.

Son premier acte majeur officiel a ete la designation d'un premier ministre.

Comme on s'y attendait, il a fait choix d'un commercant pour diriger le gouvernement, en la personne de Daniel Gerard Rouzier.

Comme Martelly, M. Rouzier fut un grand artisan des deux derniers coup d'etat dont ont ete victime Jean B. Aristide et le peuple haitien.

Voila qu’aujourd'hui on le presente comme un legaliste et un democrate convaincu, quelle ironie!

M. Rouzier se veut un modernisateur qui a reussi dans le business, c'est a dire un grand bourgeois.

Cependant, E-power, une petite compagnie d'electricite dotee de 30 megawatt, creee par le premier ministre designe au cout de 57 millions de dollars respecte la logique traditionnelle en mettant sa production electrique au service de la « republique de Port-au-Prince ».

Ne pouvait il pas creer une plus grande compagnie, lorsqu'on considere qu'un bourgeois comme Gilbert Bigio est a la tete d'un empire de plus d'un milliard de dollars a lui seul ?

Des amis etrangers eprouvent toujours beaucoup de difficultes a comprendre la logique minimaliste qui anime les elites haitiennes.

Comment est-ce qu’un pays qui s'est impose a la face du monde comme « mere de toute liberte » a pu produire tant de minimalistes ?

Donc, la decentralisation d'Haiti n'est pas pour demain.

Transferer le pouvoir politique a la bourgeoisie haitienne est une aberration dans un pays ou la classe dominante a echoue lamentablement.

Haiti est un pays d'importation qui depense plus de 2.727 milliards de dollars americains annuellement pour l'achat de toutes sortes de biens a l'etranger pour la consommation locale.

Parallelement, le pays exporte a l'exterieur pour une bagatelle de 530.2 millions de dollars l'an.

D'apres ce qu'on ecrit, « Haiti est une economie de libre marche», donc capitaliste, et il est aussi normal qu'une poignee d'individus s'approprie legalement des richesses du pays. Pour creer ces richesses, les bourgeois ont besoin d'une force de travail qualitative et quantitative.

Cela permet a des milliers d'hommes et de femmes de trouver un emploi, d’ailleurs precaire, afin de subvenir maigrement aux besoins de leurs familles : c’est la le seul «avantage» pour les masses.

Les richesses d'Haiti sont confisquees par une poignee ne depassant pas 20 familles, et le taux de chomage touche plus de la moitie de la population.

Donc, la classe dominante haitienne ignore tout de sa mission historique de creer des emplois.

Pour la recompenser l'international et l'oligarchie ont decide de remettre le pouvoir a ses representants, en la personne de Gerard Rouzier, pour perpetuer davantage le pillage du pays et la pauperisation des masses.

Dans l’esprit de l'international et de la droite, la strategie la plus compatible avec leur visees consiste a remettre le pays aux commercants, surtout avec l'echec constate de la classe moyenne au pouvoir depuis 1946. Cette nouvelle realite va propulser les elements de la classe intermediaire, exclusivement noire, au bord de l'explosion.

Le secteur public qui absorbe une grande majorite d'entre eux n'offre plus de securite.

Sous pretexte de corruption qui a toujours marque l'administration publique haitienne et les pressions du Fonds monetaire international (FMI), le gouvernement va proceder a des revocations massives dans ce secteur.

Donc, l'observateur lucide s'attend a un effet de boomerang.

Une classe moyenne non-satisfaite, alliee a une masse de pauvres en guenille constitue une equation explosive qui, historiquement a toujours conduit a des changements en profondeur au sein de la societe.

On s'attend a une radicalisation des revendications populaires contre la gestion des riches.

Pour freiner le mouvement, le gouvernement va proceder comme d'habitude a la repression sauvage des mouvements sociaux, deja l'un des proches de Martelly s'organise dans ce sens.

D' apres des informations dignes de foi qui circulent a Port-au-Prince, la capitale d'Haiti, le bras-droit de Martelly, Roro Nelson, croit qu'il est impossible de diriger Haiti sans avoir recours a une Milice.

Pour cela, il est deja en contact avec les dirigeants de differentes « bases »( groupes criminels) operant a la capitale en vue de les coopter et de les domestiquer dans le cadre d'un projet de securite nationale.

Le president lui-meme n'a jamais cache son animosite a l'endroit des groupes sociaux et militants de gauche dans le pays. Ses ramifications avec l’extreme-droite pendant la periode terrible du premier coup d'etat de 1991 sont documentees.

Participant a toutes les manifestations de soutien du groupe paramilitaire FRAPPH, il a ete d'un grand support aux putschistes militaires en animant les rues avec de la musique et des slogans incendiaires contre le peuple qu'on massacrait.

D'apres le pretre progressiste assassine en 1994, Jean-Marie Vincent, Martelly patrouillait les rues avec les militaires au cours de la nuit a la recherche de militants Lavalas caches.

Il represente la droite brutale dans toute sa laideur.

De toute evidence, les riches sont au pouvoir pour de bon!

Joel Leon

Posted 8/18/11 12:14 PM

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